Chats

Free : la fibre optique chez l'abonné, c'est parti

 
Olivier Rosenfeld

A partir du premier semestre 2007, le numéro deux de l'ADSL en France, Free, va proposer à aux particuliers un accès Internet à très haut débit grâce à la fibre optique. Pour l'abonné, le tarif ne changera pas : 29,90 euros. Pour Free, c'est un investissement d'un milliard d'euros en six ans. De quoi faire pâlir les actionnaires du groupe Iliad, introduit en Bourse en janvier 2004. Sauf ceux qui sont persuadés que la course à la fibre optique entre opérateurs de télécoms est inéluctable.


 

Le script complet de notre « chat » avec Olivier Rosenfeld, directeur financier d'Iliad (Free).

 




Alain BOUQUET : Votre confrère Noos, qui possède un réseau de fibre optique performant, n'en finit pas de tenter de se rentabiliser ! Comment allez-vous rentabiliser ce gros investissement de câblage en fibre optique qui, lors de sa récente annonce, a effrayé certains investisseurs ?
Olivier Rosenfeld : Bonjour, merci pour cette première question. A la difference de ce qui a été fait par le passé, Iliad s'engage dans le FTTH avec 2 atouts majeurs : d'une part, les abonnés existants et d'autre part la notoriété de la marque, sans compter le savoir technologique. Avant tout il s'agira de convertir des abonnés existants en dégroupage et cela vous le comprendrez est directement relutif sur les marges.


Paul Carlet : Sauf erreur de ma part, il semble qu'il y ait une incohérence des chiffres annoncés : un milliard d'investissement, 4 millions de prises cela donne 250 euros par prise. Or M. Boukoubza annonçait sur BFM le 12 septembre 1.500 euros par prise, il est vrai en parlant de fourchette haute. Que faut-il retenir en définitive ?
Olivier Rosenfeld : C'est justement le genre de confusion que nous avons souhaité éviter. Le milliard d'investissement sert à "fibrer" environ 700.000 abonnés existants, soit plus de 15% des 4 millions de foyers présents dans les zones que nous avons sélectionnées. On parle donc bien de 1.500 euro par abonné. Ensuite tout abonné supplémentaire nous coutera 350 euros (freebox optique incluse).


benji13 : Ne pensez vous pas qu'en privilégiant les abonnés des grandes villes, les efforts pour la campagne où les débits sont médiocres vont en pâtir?
Olivier Rosenfeld : Tout d'abord la fibre est complémentaire de l'ADSL 2+, une technologie à laquelle nous croyons encore pour longtemps. En ce qui concerne les zones rurales, nous faisons le maximum pour adresser ces marchés avec le service et les tarifs les plus compétitifs. Pour preuve, le lancement de notre offre d'ADSL "nu" à 29.99 euros, la seule du marché à ce prix en zones non dégroupées.


eric : L'institut Idate a récemment indiqué qu'« aucune application spécifique au très haut débit n'est encore identifiée ». Selon l'Idate, aucun service ne semble exiger plus de 20 mégabits. La technologie fibre à très haut débit n'est-elle pas une folie (suicidaire) ?
Olivier Rosenfeld : La fibre c'est la boucle locale du futur. Votre question me rappelle les débats que nous avions avec certains investisseurs au moment du lancement de la Freebox. On nous demandait souvent pourquoi fournir des débits de plus de 10 Mbps, aucune application ne nécessitait ces débits. Et pourtant....Aujourd'hui et demain la présence de plusieurs postes de TV HD se multipliera dans les foyers, ce n'est qu'une application parmi d'autres. Regardez les succès de Youtube ou Myspace et l'intérêt grandissant pour des débits symétriques.


jlmartin : Votre point mort se situe-t-il autour d'1 million d'abonnés ?
Olivier Rosenfeld :
Je ne sais pas comment vous définissez point mort. Le cash payback après impot est de 6 ans sur notre investissement, à part de marché et ARPU égaux. L'impact sur les marges est relutif très rapidement, dès les premiers abonnés.


La Fouine : Comment calculez-vous la payback period de 6 ans ?
Olivier Rosenfeld : Sur base des abonnés existants uniquement et à ARPU égal (soit 33,5 euros), sur une marge brute d'environ 30 euros après impôts.


paulemmanuel : j'ai acheté pour 3.000 euros d'actions Iliad, confiant en cette valeur, alors qu'elle était au plus haut (environ 87 euros l'action); depuis, elle a perdu presque 30 euros; puis-je espérer qu'elle remontera au cours où je l'ai achetée?
Olivier Rosenfeld : Je ne suis pas en mesure de commenter le cours de bourse. A ce stade je pense que tout investisseur dans Iliad doit se poser la question essentielle suivante : est-ce que vous pensez que dans certaines zones le FTTH est l'avenir du haut débit fixe en France ? Nous avons opté pour cette stratégie; elle est déterminante pour les années à venir.


Telecom : Le très haut débit mobile est un échec financier et sans plan de secours pour les actionnaires. Avez-vous prévu ce scénario sur le fixe en fibre optique ?
Olivier Rosenfeld : Nous pensons que le FTTH est bel et bien l'avenir du haut débit fixe en France. Le FTTH permet des débits "infinis" surtout dans l'architecture réseau que nous avons retenue, soit le point à point. Heureusement, contrairement au haut débit mobile que vous mentionnez, nous ne sommes pas face à un "mur d'investissements", il ne nous a pas été nécessaire de débourser une somme importante pour acquérir une licence et ensuite d'avoir à déployer une réseau national avant ouverture dans l'espoir de voir des nouvelles applications se développer. Ici, nous présentons un plan progressif sur 6 ans et qui se finance à part de marché et ARPU constants.


Poucix : D'une part, vous venez de décider un très important investissement en fibres optiques et en avez prévu le financement (OCEANES déjà émises + auto-financement). D'autre part, vous êtes titulaires d'une licence Wi-Max (la seule à couvrir l'ensemble de la France sauf erreur de ma part). Entendez-vous également investir massivement dans ce secteur ? Si oui, où pensez-vous trouver les moyens de financement pour déployer cette technologie ?
Olivier Rosenfeld :
Nous n'oublions pas le WiMax et ses possibilités futures. Je pense que tout actionnaire d'Iliad reconnaîtra que nous avons eu raison d'acquérir Altitude Telecom afin de nous assurer la possibilité de faire du WiMax national. A ce stade la technologie WiMax et les équipements Wimax en 802.16e ne sont pas prêts. Nous préférons donc avancer sur un projet concret et exécutable dès aujourd'hui, le FTTH. En ce qui concerne le WiMax, regardez ce qui se passe aux Etats-Unis avec Intel, Clearwire et Motorola.


Michel_Combes : Comment allez-vous préserver vos marges en lançant la FTTH (hors CAPEX). Quelle structure de coût par abonné (hors coûts régulés) ? Pourquoi changer votre business model et ne pas avoir attendu une pression du régulateur pour forcer France Telecom à vous offrir la FTTH ?
Olivier Rosenfeld :
Merci Michel ! Comme vous le savez France Telecom n'a pas encore déclaré ses intentions sur le FTTH. Nous avons cependant compris que l'architecture réseau choisie par France Telecom serait le PON, non dégroupable. Nous n'avons pas souhaité qu'Iliad devienne un simple "revendeur" d'une prestation France Telecom à l'avenir. Etre proprietaire de la boucle locale fibre nous permettra des évolutions multiples pour le bénéfice du consommateur. N'oubliez pas que nous avons annoncé que le prix de la connexion FTTH serait de 29.99 euros par mois.


Christian : Bonjour, Quelle est votre structure de coûts pour pouvoir obtenir un prix d'abonnement si bas ?
Olivier Rosenfeld :
Je vous renvoie au rapport de gestion du 1er semestre 2006 ainsi qu’aux rapports de gestion antérieurs, où l'ensemble des coûts, régulés ou non, afférents au secteur Internet Haut Débit sont décrits.


jlmartin : Le risque d'investissement semble mesuré (part de marche et ARPU constants) ; pourquoi selon vous certains analystes restent-ils réservés sur cette stratégie?
Olivier Rosenfeld :
Tout d'abord parce que l'annonce est venue plus vite que leurs anticipations. Mais nous avons pu constater que la perception des analystes a déjà beaucoup évolué depuis lundi passé. Ils sont de plus en plus nombreux à considérer que c'est un bon choix stratégique et surtout financier dans le contexte d'un Iliad indépendant pour les trente prochaines années.


sosie : Pourquoi ne faites-vous pas un discount aux abonnés actionnaires ? Cela m'intéresserait et m'inciterait à changer de fournisseur d'accès.
Olivier Rosenfeld :
Une des grandes forces de Free est l'homogénéité de sa base d'abonnés, les Freenautes. Tous le Freenautes paient un prix identique de 29.99 euros par mois et ils sont aujourd'hui plus de 1.9 million à payer ce prix unique et constant depuis novembre 2002 (hors options payantes bien évidemment). Ils nous paraît essentiel de conserver cette stratégie, c'est aussi pour cela que nous sommes confiants dans le fait que les abonnés nous suivront vers le FTTH puisque le prix est inchangé !


La Fouine : Pensez-vous que l'introduction en bourse de Neuf Cegetel puisse perturber votre cours de bourse ?
Olivier Rosenfeld :
Encore vous La Fouine ! Je pense que l'introduction de Neuf a le mérite d'apporter encore plus de transparence financière dans notre secteur. Jusqu'à aujourd'hui Iliad était le seul alternatif coté en France, sur l'activité Grand Public.


tontonsalam : En proposant un service universel avec une ligne téléphonique et une connexion internet bas débit gratuite ne vous substituez vous pas au role des collectivité térritoriale?
Olivier Rosenfeld :
Nous essayons surtout avec l'aide de la Fondation Free de permettre aux foyers qui n'en ont pas forcément les moyens de se connecter à Internet, outil essentiel de la vie en société aujourd'hui.


rcatina : Si une collectivité locale décide de fibrer une commune, peut-elle demander l'aide de Free? Pour l'étude du projet ? Pour racheter de la fibre en passant par le contrat (avantageux, j'imagine) de Free? Free sera éventuellement d'accord pour contribuer avec sa fibre, et la collectivite locale avec ses travaux ?
Olivier Rosenfeld : Le point essentiel pour les collectivités locales c'est l'annonce que nous avons faite d'ouvrir notre réseau à la concurrence. Nous ne souhaitons pas créer un réseau fermé à l'usage de Free uniquement mais bien proposer une offre de revente en gros. Cet élément est déterminant dans un dialogue futur avec les collectivités.


rozy : Quelle est la relation financière entre Free et sa fondation, étant entendu que les deux travaillent pour la promotion du FTTH ?
Olivier Rosenfeld :
La Fondation Free est une personne morale à part entière. Elle est initialement financée par Xavier Niel à hauteur d'une donation de 10 millions d'euros. Free travaille bien à la promotion du FTTH, la fondation, elle, travaille à la promotion d'une service "universel" triple play.


Fadi : Vous parlez d'Iliad en tant que groupe indépendant. Etes vous à l'écoute pour un éventuel rachat ou une prise de participation dans Iliad par un important acteur du marché européen ? Cela pourrait permettre d'aider à financer vos projets FTTH, mais aussi le WiMax quand son heure viendra.
Olivier Rosenfeld :
L'actionnariat d'Iliad, majoritairement détenu par son fondateur et ses managers et salariés, est un atout surtout dans des phases d'investissements importants comme le FTTH annoncé lundi passé. Il est clair pour tout actionnaire individuel ou institutionnel que nos intérêts et les leurs sont en ligne. Nous souhaitons donc continuer sur une voie d'indépendance. Jusqu'à ce jour, notre gestion financière disciplinée et notre capacité à générer des marges et du free cash flow sur nos métiers, nous ont toujours permis d'avoir accès aux capitaux nécessaires à notre développement.


La Fouine : Seriez-vous intéressés par le rachat de Citefibre, ce qui vous permettrait d'accélérer le calendrier de déploiement sur Paris ?
Olivier Rosenfeld :
Iliad s'est plutôt illustré dans la croissance organique. Nous comptons rester sur cette ligne stratégique.


serge_1 : Quel est votre positionnement par rapport à Neuf Cegetel qui vient de racheter AOL France ?
Olivier Rosenfeld :
Nous avons indiqué que Free compterait plus de 2 millions d'abonnés ADSL fin 2006, nous confirmons cet objectif. Par ailleurs nous sommes heureux de constater que le marché se consolide autour de nous. Notre objectif principal pour nous et nos actionnaires c'est la croissance rentable.


Ceram : Pensez vous normal que quelqu'un puisse payer 29.99 euros pour une connection de 50 mégabits symétrique et que quelqu'un avec une connection non dégroupée beaucoup moins performante paie le même prix ? N'est-ce pas une vraie injustice?
Olivier Rosenfeld : Nous avons indiqué que le seuil d'étude chez Iliad pour envisager le déploiement du FTTH dans une zone était à 15% de parts du marché des lignes fixes. Je n'ai donc qu'un conseil : abonnez vous !


xavier : Parallèlement à ce lourd investissement dans la fibre, la société aura-t-elle encore la capacité ou la volonté d'investir pour les nombreuses zones desservies par Free avec un débit actuel inférieur à 2 Mo ? Ne va-t-on pas vers une France à deux vitesses ?
Olivier Rosenfeld : Iliad n'a jamais annoncé la fin de l'extension des zones de dégroupage. Il y a 3 ans nous n'avions que 30% de nos abonnés en zones dégroupées, aujourd'hui c'est plus de 72% avec un objectif de 75% à fin 2006. Nous nous battons avec l'opérateur historique pour nous assurer de l'accès à son réseau de fibres optiques, selon le contrat que nous avions annoncé en mars 2006. Avec la possibilité de louer de la fibre noire à France Telecom, nous continuerons d'étendre les zones dégroupées et de réduire ce que vous qualifiez d'injustice.


serge_1 : 288 Millions d'Euros pour le rachat d'AOL France, cela semble un prix faible en regard du nombre d'abonnés gagnés si on le compare a l'investissement FTTH. Ne pensez-vous pas que Neuf Cegetel a fait aujourd'hui un très grand pas en avant par rapport à Free ?
Olivier Rosenfeld : On parle de 575 euros par abonnés acquis. Lors de notre présentation des résultats du premier semestre 2006, nous avons pris l'engagement de ne pas dépasser les 50 euros de coût marketing brut par abonné net de churn.


mdupeloux : Combien avez vous de litiges en cours avec vos abonnés actuels ? Avant d'investir dans la fibre optique, ne serait-il pas plus logique d'assurer un service digne de ce nom aux gens qui vous ont choisi comme fournisseur d'accès à Internet ?
Olivier Rosenfeld : Depuis plus de deux ans, nous avons fourni un effort significatif pour améliorer notre service clients géré en interne. Nous avons par exemple doublé les effectifs de la hotline pour faire bénéficier à nos abonnés du meilleur service possible dans un contexte de croissance très rapide de notre base d'abonnés. Aujourd'hui Free a d'ailleurs le taux de churn le plus faible du marché. Le FTTH résoud des probèmes plutot qu'il n'en crée. Puisque nous sommes responsables de la connexion de bout en bout il n'y a plus d'erreurs de câblage sur les lignes ou encore d’aléas liés à la paire de cuivre.


jlmartin : Vous avez précisé que vous seriez ouvert à une offre de gros de votre réseau fibre auprès d'autres opérateurs. Ce scénario n'entraîne-t-il pas un changement de modèle économique et est-il valorisé dans vos plans d'affaires?
Olivier Rosenfeld : Nous avons choisi de ne pas le valoriser à ce stade. Certains analystes le font.


Rose&Feld : Envisagez-vous de vous développer sur un marché étranger, pour profiter d'économies d'échelle?
Olivier Rosenfeld : Non, il y a déjà beaucoup à faire en France et une croissance qui reste très forte. nous avons choisi de rester concentrés sur un seul marché.


M._Le_Neuf : Que dîtes-vous à ceux qui ne sont pas dans les grandes agglomérations?
Olivier Rosenfeld : Que Free ne les a jamais oubliés ; que quand d'autres FAI refusaient d'offrir un service en zones non dégroupées, Free était le seul à le faire à un tarif très attractif de 29.99 euros, proposant ainsi la seule alternative à l'opérateur historique dans ces zones. Cet été, une fois de plus, nous avons prouvé notre attachement à ces abonnés et futurs abonnés en lançant l'offre d'ADSL nu à 29.99, la seule du marché à ce prix !


Mr DELA VILLE : On peut regretter le manque de transparence d'Iliad sur le fonctionnement du conseil d'administration... Quels sont les projets du groupe en matière de gouvernance pour 2007 et plus généralement pour mieux répondre aux attentes des investisseurs sensibles à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) ?
Olivier Rosenfeld : Je suis très surpris de votre question ! Nous avons quatre membres totalement indépendants à notre conseil, ce qui est plutôt une surpondération quand le flottant représente 25% du capital. C'est une caractéristique de notre conseil à laquelle nous tenons. En termes de transparence, je pense que les documents financiers et le rapport AMF d'Iliad sont parmi les plus clairs du marché - c'est en tout cas ce que nous disent tous les institutionnels qui comparent attentivement l'ensemble des sociétés cotées.


Olivier Rosenfeld : Merci à tous d'avoir participés à ce chat.

 



 
RECHERCHER :  
Dans le site Dossier entreprise Les archives
Plan du site Bourse  
 
 
Plan du site
Le journal Sociétés citées Bourse Forums
Les secteurs Emploi / Stages Communiqués Blogs
Les régions Compétences Finances perso Newsletters
Clients
Abonnement Journal Grands comptes Nous contacter
Abonnement Pack Abonnement Echosup Modifier mon profil
Abonnement Web Abonnement Sectoriel Espace c