| Matières premières : flambée passagère ? |
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Le script complet de notre " chat " du lundi 12 juin avec Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine et inspirateur depuis 20 ans du fameux rapport CyclOpe Le pétrole est au plus haut, l'or caracole, les produits boursiers dérivés des matières premières triomphent. Minerais, minéraux, hydrocarbures, mais aussi caoutchouc, sucre, acier et non-ferreux… Les cours des matières premières se sont envolés récemment de façon spectaculaire. Pour quelles raisons ? Les cours sont-ils au sommet ? Faut-il craindre leur volatilité ?
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Gilbert Vaterlaus :
J'ai constaté avec intérêt l'envolée des matières premières, mais comment voyez-vous leur évolution à court terme ?
Philippe_CHALMIN :
Nous sommes dans une phase de consolidation et d'eclatement de certaines bulles. A priori les marchés devraient rester fermes mais dans un contexte de très grande volatilité.
Laurent :
Bonjour, on nous parle de bulle à propos de certaines matières premières, comme le cuivre et autres metaux non précieux. Mais est-ce le cas pour toutes les matières premières ? L'or, le pétrole... Qu'en est-il précisément ?
Philippe_CHALMIN :
On peut parler de véritable bulle pour certains métaux non ferreux et au premier chef pour le cuivre et pour le zinc. Dans le cas du cuivre la bulle a d'ailleurs commencé à éclater. Par contre pour le pétrole nous sommes bien dans la logique des fondamentaux. Quant à l'or je reste fasciné par l'irrationalité de ce marché
AurélieBrillard :
Bonjour, dans votre rapport CyclOpe, le cours du cuivre était annoncé en baisse alors que son cours a justement doublé en 5 mois. Comment l'expliquez vous ?
Philippe_CHALMIN :
Bonne remarque, et elle doit inciter l'économiste à la plus grande modestie. Je continue à penser que le prix d'équilibre du cuivre se situe quelque part au tour de trois mille à quatre mille dollars la tonne. Les neuf mille dollars atteint le 15 mai correspondent à une bulle qui a d'ailleurs éclaté quelques jours plus tard avec une chute de mille deux cent dollars le 22 mai. Il n'en reste pas moins que la demande est plus dynamique que je le pensais et que le marché est à la merci du moindre accident de production. Un prix moyen de l'ordre de cinq mille dollars la tonne en 2006 reste le plus probable ce qui implique un fort dégonflement de la bulle actuelle.
Busquette :
A court terme, l'or doit-il plutôt être considéré par un investisseur comme une matière première ou comme une valeur refuge ?
Philippe_CHALMIN :
Certainement pas comme une matière première ! Même s'il faut tenir compte de la demande de thesaurisation en Inde et en Chine. Le prix de l'or monte au son du canon et de l'inflation ! Mais imaginer comme certains l'ont fait il y a quelques semaines que l'or puisse atteindre les 1000 dollars l'once me paraît une douce plaisanterie. Il y a tant d'or qui dort dans les stocks privés et publics mondiaux. La "relique barbare" est un des placements les plus stupides qui soit.
golf :
Ces jours-ci, le dollar remonte. Est-ce que cela veut dire que l'or va commencer à descendre ?
Philippe_CHALMIN :
Pas forcément : le gros de la demande spéculative en or provient de la zone dollar.
Alain-anl :
Dans le rapport Cyclope, pour 2006 il est prévu une baisse de 11% pour l'acier. Ce chiffre me rend perplexe sur l'ensemble du rapport. Une argumentation serait la bienvenue. Merci
Philippe_CHALMIN :
Les prix de l'acier ont enregistré en 2005 une très forte hausse. La tendance s'était déjà inversée vers la fin de l'année avant un léger rebond début 2006, mais il faut tenir compte de la montée en puissance de la Chine qui est désormais exportatrice nette en particulier sur les sortes d'acier les plus courantes. En toute logique le pic de l'acier est plutôt derrière nous et je maintiens ma prévision d'une baisse moyenne sur 2006 par rapport à 2005.
soufflet trade :
Une grande partie de l'envolée des prix des minerais et charbons est en effet due à la forte croissance chinoise et, en particulier, à celle de sa sidérurgie. Prévoir l'évolution des prix de ces produits consiste donc à prévoir la demande chinoise. Est-ce possible et quelle est la marge d'erreur, étant donné deux éléments : le manque de transparence de ce pays et, surtout, la divergence entre la politique industrielle affichée par le pouvoir central et celle pratiquée par les gouvernements régionaux ?
Philippe_CHALMIN :
Très bonne remarque. Il tombe de la Chine une "obscure clarté" c'est vrai pour tous les produits que se soit l'acier les non-ferreux et notamment le cuivre (affaires de la SRB en 2005) et bien sûr les céréales et les oléagineux. Mais c'est aussi le cas du pétrole pour lequel l'évaluation de la demande chinoise faite par l'AIE est sujette à caution. La Chine est à peu près partout devenue le premier acheteur mondial mais son comportement au quotidien demeure parfaitement aléatoire
Pierre-Emmanuel :
La Chine est aujourd'hui grande "prédatrice " de matière premières. On dit que les Chinois préféraient être payés en argent plutôt qu'en or, contrairement au reste du monde. Pourquoi ?
Philippe_CHALMIN :
Entre l'or et l'argent je n'ai pas de réponse si se n'est que la Chine fût longtemps adepte du bimétallisme
Hervé Naillon :
1-La hausse du prix des matières premières est-elle plutôt due à l'insuffisance des capacités d'extraction actuelles, ou bien, pour certaines matières, à une raréfaction des réserves naturelles ? 2- L'intégration progressive des coûts consécutifs aux impacts environnementaux (de l'extraction à la transformation), vont-ils accentuer le coût des matières premières ?
Philippe_CHALMIN :
La hausse des prix est directement liée à la faiblesse des investissements en capacités à la fin du 20e siècle. Ce constat est valable pour tous les marchés, mais pour certains produits on doit introduire effectivement une autre dimension, celle de la rareté : c'est le cas du pétrole qui disparaitra vers la fin de ce siècle et des produits agricoles dont les besoins vont doubler dans les 50 années à venir. Quant aux coûts environnementaux, leur prise en compte demeure pour l'instant assez limitée.
seee :
Pensez vous que la flambée actuelle du pétrole relève d'actions essentiellement spéculatives, à l'instar des matières premières ou de l'immobilier ? La situation géopolitique n'est pourtant pas plus instable que par le passé. De plus, le "peak oil" pétrolier n'est pas attendu avant 2010-2015...
Philippe_CHALMIN :
La situation est simple : le monde consomme tout ce qu'il peut pomper. Nous n'avons aucune marge de manoeuvre pour satisfaire l'augmentation des besoins chinois et américains. Le moindre accident politique ou climatique a, dès lors, des conséquences dramatiques. Avec deux Katrinas cet été, le marché peut passer la barre des 100 dollars. Quant au pic pétrolier, avec du pétrole dont le prix plancher est désormais de l'ordre de 50 à 60 dollars le baril, il sera beaucoup plus tardif que prévu.
Sall Malick :
Quelles retombées de la flambée des prix pour les pays africains exportateurs de pétrole, comme le Nigeria, le Gabon... ?
Philippe_CHALMIN :
Rien de bon à espérer ! tout le monde n'a pas la vertu de la Norvège. On peut craindre que cette nouvelle rente pétrolière ne soit gachée et gaspillée comme les précédentes. Nous parlons dans CyclOpe de "la malédiction des matières premières". C'est cruel mais lucide
Thierry Apoteker :
A-t-on une idée "précise" des délais de réaction de l'offre disponible aux variations de prix du brut ou des produits raffinés ? Ces délais dépendent-ils de la structure plus ou moins concentrée du secteur en amont (partage entre majors et grandes sociétés nationales des pays producteurs) ?
Philippe_CHALMIN :
C'est très variable et de toute manière on est à peu près partout "au taquet". De nombreuses régions du monde sont hors d'atteinte des capacités d'investissement des majors et les récentes nationalisations au Vénézuéla, en Bolivie et même en Russie n'ont rien arrangé. Un jour l'Irak produira 5 millions de barils-jour du pétrole le moins cher du monde. Mais quand ?
Hervé :
On enregistre un net raffermissement du cours des matières premières agricoles depuis quelques semaines, notamment sur le blé et le maïs. Par exemple, le blé a progressé de + 10% depuis 2005. Maintenez-vous vos prévisions de hausse sur le blé et le maïs après les récoltes ? Qu'en est-il sur un plan plus général de vos prévisions sur les matières premières agricoles ?
Philippe_CHALMIN :
Pour une fois que mes prévisions se vérifient, bien sûr que je les confirme ! Je reste haussier sur les grains, aux aléas climatiques près. Par contre je ne vois pas beaucoup de potentiel haussier pour le sucre dont le prix a déjà triplé en 2005. Quant au café et au cacao malheureusement les chinois n'en consomment pas !
Pierre-Emmanuel :
Comment expliquer le succès du thé au niveau mondial par rapport au café ? Quelle évolution à venir ?
Philippe_CHALMIN :
Les prix du thé sont restés plutôt déprimés ces dernières années. Du fait de l'absence de marchés dérivés et d'une certaine morosité, la volatilité a été faible. Rien à comparer avec le café, mais de là à parler de succès du thé...
tex :
Le commerce équitable, qui vise à redistribuer aux producteurs de matières premières du Sud une part raisonnable des richesses qu'ils ont produites, joue-t-il un rôle sur le cours des matières premières, notamment textiles et agroalimentaires (coton, sucre, café...) ? Si ce n'est pas le cas, pensez-vous que ce sera le cas un jour ?
Philippe_CHALMIN :
Le commerce équitable ne joue aucun rôle et l'utilisation même de ce mot est une escroquerie intellectuelle. Je respecte et j'admire l'économie du don, mais ce n'est plus de l'économie de marché.
AurélieBrillard :
La spéculation sur les marchés des matières premières fait sûrement le bonheur des producteurs, mais pénalise les consommateurs. Ne croyez vous pas qu'à force, ce soit l'économie qui en soit pénalisée (l'envolée du cours du pétrole qui se répercute sur les factures d'essence, la flambée des prix des métaux qui handicape les industriels) ? Pour éviter les situations financières difficiles pour les entreprises, ne devrait-on pas réguler un peu le marché des matières premières qui, finalement, pénalise l'économie ? Et comme nous sommes dans une logique de court terme, ne faudrait-il pas plutôt prendre en compte les matières premières directement disponibles, plutôt que les capacités "éventuelles" de notre sous-sol?
Philippe_CHALMIN :
La spéculation est inhérente au monde des marchés. L'existence de marchés dérivés permet à l'ensemble des acteurs d'une filière de gérer l'instabilité qui en découle. C'est peut-être là "le pire des systèmes", mais toutes les tentatives de stabilisation initiées dans le passé ont lamentablement échoué.
Bertrand :
Connaît-on les ressources de l'ensemble des minerais, ou croit-on encore pouvoir trouver des filons ?
Philippe_CHALMIN :
En ce qui concerne les minerais, nous sommes loin d'avoir épuisé les ressources de la planète. Pensez simplement aux nodules polymétaliques du fond des océans.
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